vendredi 15 mai 2020

Connaissez-vous Pérenchies et son passé ? Un mariage dans l’église de Pérenchies en 1956

Document : Pérenchies et son passé numéro 49


Mariage de Monique et Roger DUTRIEZ en 1956 en l’église Saint-Léger de Pérenchies.
Document SPMC numéro 4 521
Commentaire :
« Nous sommes en 1956 dans l’église Saint-Léger de Pérenchies. Monique et Roger DUTRIEZ se marient.
Le prêtre est l’abbé Albert-Jules DESRUQUES qui sera curé de notre paroisse de 1955 à 1969.
D’autres prêtres sont installés dans les stalles qui existent toujours dans le chœur de l’église mais déplacées de nos jours.
Les enfants de Chœur ne sont pas en tenue habituelle ! Ont-ils mis leur tenue du Patronage afin de rendre honneur à Roger DUTRIEZ qui était animateur bénévole depuis de nombreuses années ? Certainement. 
On aperçoit d’ailleurs, près de la porte de la sacristie, le drapeau du mouvement des Cœurs Vaillants posé contre le mur. Il porte la devise : « A Cœur Vaillant, rien d’impossible ! »
Le curé est en grande tenue.

Roger DUTRIEZ est né à Pérenchies en 1926. Il est aujourd’hui décédé. Ce fut une personnalité de notre ville.
En 2005, il nous avait raconté sa vie.
Dans un précédent article, on avait évoqué » les années 50 et 60.
Ce jour, c’est son enfance et son adolescence qui vous sont racontées »

Philippe JOURDAN (27 avril 2020)


SOUVENIRS DE JEUNESSE  DE ROGER DUTRIEZ  (avril 2005)
« Je suis né à Pérenchies le soir du 23 novembre 1926 au numéro 92 rue de la Mairie (devenue la rue Henri Bouchery). Mes parents mariés deux ans plus tôt avaient repris le commerce de chaussures situé dans cette habitation provisoire construite après la grande  guerre. C’était une baraque (construction provisoire en bois), il y en avait encore beaucoup à Pérenchies à cette époque, la commune était détruite à plus de 80 %. J’y ai vécu jusqu’en mars 1931. Mes parents ont acheté un terrain et construit une maison au numéro 7  de la même rue.

Comme tout le monde, je ne me souviens  pas des premières années de ma vie. Un fait m’a marqué. Je devais avoir environ 4 ans. Mon voisin Monsieur MARQUILLIE était garde champêtre à Pérenchies. Un jour il est parti à l’hôpital pour être amputé d’une jambe après avoir été mordu par un ivrogne en gare de Pérenchies. Je me rappelle  avoir vu mon père aider à l’installer dans une voiture automobile (rare à l’époque)

Mes premières années à l’école libre de la rue Gambetta  se passèrent avec Madame Louise pour les petits et Madame Denise pour les grands (5 et 6 ans). Ces dames étaient des religieuses, mais n’avaient pas le droit d’être habillées en sœur depuis la loi de 1905. Elles ont été  autorisées par le gouvernement de Pétain, pendant la guerre de 1939/1945. J’ai peu de souvenirs de ces années.

En octobre 1932, j’entre à l’école primaire Jules Ferry, rue de la Mairie. Comme tous les enfants de l’époque, je porte la blouse grise.  Je me souviens que les classes étaient éclairées au gaz comme la maison où j’habitais (celle du 92). L’électricité est arrivée dans les années 1930.
Il y avait 7 classes à l’école et une salle de cinéma. Le samedi après-midi, il y avait une séance de cinéma. On y passait des documentaires et pour terminer un film de Charlot.

Ma scolarité s’est passée sans gros problèmes. J’étais un élève moyen. J’ai obtenu mon certificat d’études primaires en 1938. J’étais dans ma douzième année et comme l’école était obligatoire jusque 14 ans, j’ai fait deux ans de cours supérieur avec Monsieur DELABY qui était aussi le directeur de l’école. Très jeune, j’ai été enfant de chœur. Je devais avoir 8 ans quand le vicaire de l’époque, Monsieur l’Abbé LEFEBVRE est venu à la maison demander si je voulais être enfant de chœur. Mes parents m’ont demandé mon avis. J’ai répondu : oui, mais pas pour servir les enterrements, car j’ai peur des morts. Monsieur le Vicaire m’a rassuré, alors j’ai accepté.

Nous étions 6 enfants de chœur. Nous servions les deux messes du matin à 6H30 et à 7 Heures.
Toutes les 6 semaines, je faisais le dimanche une messe le matin puis la grand’messe et les vêpres l’après-midi. Nous servions aussi les enterrements et les mariages et, pour cela, nous avions l’autorisation de quitter l’école ce qui était parfois gênant pour certains cours.

Deux fois par semaine, durant deux ans, nous allions aussi au catéchisme le matin à 7H15 car l’école commençait à 8h30. Nous préparions donc la communion solennelle, aujourd’hui profession de foi, que nous faisions dans notre onzième année.

La même année, nous recevions le sacrement de confirmation en l’église de Quesnoy Sur Deûle. Ces cérémonies étaient préparées par une retraite qui débutait le mercredi soir et les trois jours suivants.
Les garçons étaient habillés en costume et portaient un brassard blanc au bras gauche.
Les filles portaient une robe blanche et un voile. Chaque enfant pavait un cierge plus ou moins gros. Le mien pesait trois kilos. J’en avais « plein les bottes » car il fallait aussi se munir de son missel qui était lui aussi très gros. Le dimanche de la communion, on allait à la messe de 7 Heures puis on communiait à la grande messe de 10 h 30. A 15 Heures, il y avait les vêpres.

La grande joie de l’équipe des enfants de chœur était : «  la tournée des enfants de chœur » de la semaine sainte. Le jeudi saint, on allait dans toutes les maisons de la paroisse où on nous donnait de tout : de l’argent, de la confiserie et surtout des œufs, car il y avait encore des fermes à Pérenchies.

La semaine sainte était très chargée en office religieux. Il y avait la messe très tôt le matin puis les messes et célébrations qui avaient lieu à 6 Heures et, le soir, une célébration  pour préparer la fête de Pâques. Tous les enfants de chœur devaient être présents.



Les prêtres que j’ai connus et qui ont marqué mon enfance et ma jeunesse sont d’abord les vicaires qui se sont succédés :

L’abbé LEFEBVRE
Je l’ai peu connu car il a quitté la paroisse en 1934. Je l’ai retrouvé  dans ses vieux jours à Marquette  où il était curé. Il a passé ses derniers jours au foyer logement «  Nouvelle étape. » Il était heureux de me revoir et moi aussi.

L’abbé SURMONT
Il est arrivé en 1934. C’est avec lui que j’ai suivi mes années de catéchisme et fait ma communion solennelle. Il voyait en moi un futur prêtre.

L’abbé Jean LEDEIN
Il a été nommé vicaire à son ordination sacerdotale en 1938. Il est celui qui a marqué le plus ma vie d’adolescent.
C’était un prêtre qui savait accrocher les jeunes qui étaient nombreux à l’église et dans les mouvements d’action catholique à Pérenchies. Avec sa population ouvrière, c’est la J.O.C. qui attirait les jeunes qui, à l’époque, commençaient leur vie professionnelle à 14 ans.
Les jeunes qui participaient aux cercles d’études et aux réunions étaient nombreux. La mixité n’existait pas. Il y avait donc la J.O.C. pour les garçons et la J.O.C.F pour les filles. Ils avaient  quand même des occasions de rencontres et  nombreux furent les mariages entre les membres de ces mouvements qui ont d’ailleurs fait d’excellents couples avec de nombreux enfants.
L’abbé LEDEIN a été  mobilisé en 1939 et fait prisonnier. Il est revenu en 1942. Pendant ce temps, la paroisse a bénéficié des services d’un missionnaire diocésain.
Il s’agissait de  prêtres qui prêchaient les missions qui se déroulaient dans les paroisses tous les quatre ans.  Le Père LEBACQ est resté à Pérenchies tout ce temps, ce qui nous a permis d’avoir pendant ces années, des sermons dignes d’une cathédrale car c’était un sacré prédicateur.
L’abbé LEDEIN a aussi fait beaucoup pour les enfants du patronage qui dépendait de la paroisse. Tous les mercredis, pendant les vacances scolaires, des centaines de garçons participaient aux activités organisées pour eux.
C’était l’époque des « cœurs vaillants », mouvement d’action catholique pour les jeunes garçons.
L’Abbé LEDEIN a quitté Pérenchies en 1945 pour Saint-Maclou à Haubourdin.

L’Abbé Raymond DEROO
Il est venu à Pérenchies mais pour très peu de temps.

L’Abbé Alain LESAFFRE
Il a succédé à l’abbé DEROO en 1946 dès son ordination en juillet.
C’était un ancien scout de France. Il a aussi fait beaucoup pour les jeunes. Il y avait toujours autant de garçons au patro. Il a développé les colonies de vacances.
Qui ne se souvient pas des « colos » du Mont des Cats ? Jean POUPART nous en a  parlé beaucoup.
Avant la guerre de 1939/1945, elles accueillaient 24 garçons de 8 à 14 ans qui séjournaient dans un bâtiment situé en haut du Mont des Cats. Les règlements d’hygiène et de sécurité étaient beaucoup plus souples à ce moment-là. Il y avait deux dortoirs de 12 enfants plus les dirigeants, un réfectoire entre les deux dortoirs et un bâtiment qui servait de direction et d’économat. La cuisine était faite par une dame, Sidonie,  qui habitait à cinquante mètres de la colonie et qui était aidée par une ou deux dames de Pérenchies.
Les colons épluchaient les légumes, faisaient la vaisselle et le nettoyage des locaux. Le directeur était un prêtre qui n’était pas de la paroisse, souvent un professeur. Tous les matins, nous avions la messe dans la petite chapelle des loques, appelée comme cela parce que l’on y déposait des morceaux de vêtements qui appartenaient aux malades dont on demandait la guérison.  Cette chapelle existe toujours. Par contre le bâtiment de la colonie est remplacé par la grande antenne de la télévision. Le Mont des Cats était un lieu idéal pour organiser des grands jeux dans les bois et les prairies.
La journée se terminait par la prière au calvaire, toujours présent en haut du Mont, avec le chant que beaucoup encore ont en mémoire : « Avant de fermer les paupières, tous ensemble nous te prions. Seigneur pendant la nuit entière, daigne veiller sur tes colons ».
C’est certainement un moment qui a marqué profondément tous ceux qui ont eu la chance de participer aux « colos » du Mont des Cats et beaucoup d’anciens ont en mémoire ces moments passés au cours de leur jeunesse.

La législation qui encadrait ces séjours étant devenue plus exigeante, il a fallu chercher un autre lieu pour accueillir la colonie. Elle est d’abord partie à DESVRES, dans l’école Saint-Nicolas en 1947, puis à MOULLE à l’école Sainte-Marie. Les locaux étant plus vastes, on accueillait davantage de jeunes.
L’abbé LESAFFRE a quitté la paroisse en 1950.

L’Abbé Léon BATAILLE
Il a remplacé l’abbé LESAFFRE. Contrairement aux vicaires précédents, c’était un prêtre qui était déjà vicaire en paroisse et il venait de Lille-Esquermes, je crois. C’était un prêtre « bricoleur ». Il aimait travailler dans les locaux paroissiaux, particulièrement le cinéma paroissial. Il maniait le marteau et la scie. Il réparait et mettait en peinture. C’était un prêtre exigeant pour tous ceux qui travaillaient avec lui. Il n’est resté que deux ans. Il quittera brusquement la paroisse en 1952.

L’abbé LEPERS
L’abbé DENECKER, était alors notre curé. Il s’est débrouillé pour faire venir un prêtre tourquennois, l’Abbé LEPERS. Il était sans poste à l’époque ayant dû se soigner. C’était un prêtre formidable pour les enfants. Il se donnait tout entier : patronage, colonie, enfants de chœur, catéchisme. Pendant quelque temps nous avions deux vicaires, l’Abbé LEPERS étant là surtout pour les enfants. Il a quitté Pérenchies en 1955.

L’Abbé  Paul MENARD
L’abbé MENARD est donc nommé vers 1955. C’est lui qui était vicaire  quand je me suis marié en 1956. Il était aussi très dévoué pour les jeunes et les enfants qui étaient toujours très nombreux au patronage.

Parmi les œuvres qui ont marqué mon enfance et ma jeunesse, je dois parler de la Croisade Eucharistique. C’était un mouvement d’action catholique pour les enfants. Dans la paroisse,  les religieuses de l’école Ste Marie  s’en occupaient. Nous étions 25 à 30 garçons à participer aux réunions qui avaient lieu à l’école de la rue Gambetta, le dimanche matin. Sœur Elisabeth, une religieuse qui a séjourné longtemps à l’école, fut la fondatrice de ce mouvement à Pérenchies. J’en conserve des souvenirs inoubliables. Le nombre de jeunes garçons qui participait allant croissant, une deuxième équipe a été  créée et j’étais  l’animateur. J’avais alors 16 ans. Ce mouvement avait pour but d’inciter les enfants à la prière quotidienne, d’assister à la messe le plus souvent possible et de communier régulièrement. Nous devions aussi faire des sacrifices, se priver de friandises, offrir des prières pour les pêcheurs… C’était un mouvement eucharistique. Maintenant cette œuvre existe toujours et s’intitule : Mouvement eucharistique des jeunes (M.E.J.).

En ce qui concerne la paroisse, je me dois de parler d’un curé qui m’a beaucoup marqué. Il s’agit de l’Abbé Jules DENECKER. Arrivé à Pérenchies en octobre 1937, je venais de faire ma communion solennelle et j’étais enfant de chœur. C’était un prêtre imposant par sa stature, exigeant et autoritaire. Mais avec un grand cœur et très sensible sous  son abord rigide.
Il fut curé de la paroisse jusqu’en 1956, année de mon mariage.
Il m’a toujours fait confiance et m’a encouragé, et soutenu dans tout ce que je faisais dans le cadre paroissial. Il m’a dit un jour cette phrase que je n’ai jamais oubliée : «  Mon cher Roger, la paroisse a de la chance de t’avoir. Les prêtres passent, toi, tu restes… et d’ajouter : que de bien tu fais, que de mal tu évites. »

En 1956, une nouvelle période de ma vie commençait. J’épousais Monique… »




En cette période de confinement que notre pays n’a jamais connue depuis des décennies en dehors des guerres, nous avons pensé que notre association pouvait vous présenter chaque jour un document extrait de notre fond documentaire composé de plus de 8 000 photos.
Quand l’occasion se présentera, un petit commentaire suivra la photographie. La page sera publiée chaque jour à partir de 10H.
N’hésitez pas à nous transmettre vos propres commentaires ou informations sur le sujet présenté. Cela permettra de compléter nos connaissances sur Pérenchies et son passé.
Philippe JOURDAN, Président de « Si Pérenchies m’était contée … »  20 mars 2020

Correction et édition : Jean-Pierre COMPERE,  administrateur du Blog

1 commentaire:

  1. Chantal et Roger OSTENDE15 mai 2020 à 20:29

    Sur la photo du mariage de Roger, notre ancien maire, le prêtre a droite c'est l'abbé MENARD

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