dimanche 6 mai 2018

Notre patrimoine a une nouvelle pièce à son actif


Régulièrement, notre association d'histoire locale « Si Pérenchies m'était contée... » essaie, dans la limite de ses possibilités financières, d'acquérir des documents sur le passé de notre ville lorsque l'achat est raisonnable.
Un nouveau document a ainsi rejoint notre fond documentaire.
Le voici :

Une nouvelle carte postale de la première guerre mondiale acquise par notre association
 Il s'agit du parc du château Jeanson qui se trouvait avant la guerre 1914/1918 sur le début de la rue de la Prévôté du côté des chiffres impairs.
Les Pérenchinois le nommaient château des tourelles à cause des deux grandes tours qui encadraient la façade de devant.

 
Le château Jeanson avant 1914. Carte postale SPMC numéro 1 041.


Sur un des côtés du parc se trouvaient le presbytère, peut-être une salle de réunion de jeunes filles  et l'église Saint Léger.
Sur la carte, on voit des soldats allemands qui sont sans doute des officiers car on devine un sabre porté par l'un d'entre eux. Près de l'un se trouve un chien, peut-être un berger.
Ils se promènent derrière le château dont on découvre, au loin, une des tourelles qui donnaient du côté de la rue de la Prévôté.
Les belles demeures étaient attribuées aux officiers. Les soldats, eux, étaient logés dans les maisons ouvrières.
Le château Agache, quant à lui, servit de mess pour les officiers allemands.

Robert Becquart raconte, qu'un jour, il entendit dans le château Jeanson un orchestre qui jouait de la musique pour des officiers. C'était juste avant que des obus anglais ne s'abattent sur la ville.

Une partie de l'étang qui décorait le parc est visible. Il occupait l'emplacement du début de la future avenue Kemmel qui sera construite dans les années 20/30, de l'actuelle maison paroissiale et de cette rangée de maisons très originale.

Le château appartenait à la famille Jeanson, des industriels textiles dont l'usine se trouvait à Armentières.

L' actuelle rue du Nord ne portait pas ce nom. C'était tout simplement un chemin qui donnait accès à une entrée secondaire du parc pour y ranger les véhicules du château. Il est possible que des remises s'y trouvaient...
Le parc du château Jeanson avant 1914. Carte postale SPMC numéro 1 005.

  
Installation du curé Vancostenoble le 25 avril 1903.
A gauche, le presbytère, la salle pour les réunions paroissiales de jeunes filles 
et le parc du château Jeanson.
Carte postale SPMC numéro 1 004


Georges Vanhée, né en 1899, a décrit notre ville avant 1914. Il évoque le château Jeanson :

«à  la place de la mairie actuelle se trouvait un café. A droite de la rue de la Prévôté, il y avait une boulangerie et une maison de religieuses qui s'occupaient de l'église et des indigents....
A gauche de la rue, à partir de la place, là où se trouve l'actuel monument aux morts il y avait le presbytère, une salle occupée par les sœurs puis le château de la famille Jeanson. Il n'y avait pas d'avenue Kemmel. Le parc du château s'étendait jusqu'à la voie du chemin de fer et descendait jusqu'à la rue du moulin. La rue du Nord était une impasse avec entrée vers le parc puis pas de changement jusqu'à la rue du moulin, aujourd'hui la rue Jules Drumez ».



Le château Jeanson appelé le château des tourelles avant 1914.
Carte postale SPMC numéro 1 023.


Antonin Février, le jardinier du château Jeanson et son épouse Eugénie Michiot, gouvernante. 
Avant 1914.
Document SPMC numéro 3 167.

Durant la guerre, les Pérenchinois devenus soldats écrivaient à leurs familles mais aussi à Mme Agache ou à Mme Jeanson. Celle-ci leur répondait par une carte portant sur un côté une prière et une petite médaille. De l'autre côté, le texte qu'elle adressait témoigne encore de l'esprit de l'époque :

« Merci mon cher ami de votre aimable et intéressante lettre.
Nous envoyons notre souvenir bien affectueux et espérons bien que votre santé va continuer à se maintenir.
Bon courage et bonne confiance en attendant des jours meilleurs.
Mme Jeanson ».  

Soeur Marie Elisée de la congrégation d'Angers raconta en 1919 ses souvenirs de l'occupation. Elle y évoque, elle aussi, le château Jeanson :

« quant à sœur Séraphine, sœur André et moi-même, nous étions dans notre maison d'oeuvres de la rue de la Prévôté, continuant à nous occuper de l'église et des ouvriers autant que nous le pouvions. Le 13 novembre 1914, un vendredi, le temps était sombre ce jour-là. Nous avions été sœur Séraphine et moi éteindre les veilleuses à l'église puisque les Allemands regardaient, comme des signaux, toute lumière paraissant tant soit peu au dehors.
A notre retour à la maison, deux de nos jeunes filles, attachées au service de Mme Jeanson, causaient avec sœur André. Elles avaient besoin d'être réconfortées, étant seules avec les Allemands qui remplissaient le château.
Après leur départ, nous nous mîmes à fermer hermétiquement portes et fenêtres. Nous commençâmes la méditation du soir. J'étais encore à genoux  lorsque, tout à coup, un obus vint éclater là où nous étions... ».


Ruines de la guerre 1914/1918. La rue de la Prévôté et, à gauche, le château détruit et le parc saccagé.
                                                                      Carte postale SPMC numéro 1 144.


Le château Jeanson en ruines après la guerre 1914/1918.
Carte postale SPMC numéro 1 145.

Jeanne Vrolant, dont on a retrouvé une partie de son journal intime, évoque également le château Jeanson :

« Dimanche 13 décembre 1914.
Nous partons aux vêpres. Un obus tombe dans le jardin Jeanson, brisant une grande partie des vitraux de l'église d'où une panique épouvantable ».






La guerre 14/18. La rue de la Prévôté et à gauche le parc Jeanson.
Carte postale SPMC numéro 1 157.

 
Le château Jeanson en ruines.
Carte postale SPMC numéro 1 178.

Cette belle demeure sera entièrement détruite et ne sera pas reconstruite au lendemain de la guerre 14/18.
Dès le retour des premiers habitants, des baraquements y seront installés en attendant la reconstruction de la ville.

La rue de la Prévôté après la guerre 14/18. 
Des baraquements ont été construits à l'emplacement du parc Jeanson afin d'accueillir les habitants 
qui reviennent après la guerre dans une ville presque entièrement détruite.
Carte postale SPMC numéro 1 166.

Par la suite, le terrain deviendra un parc qui aujourd'hui porte le nom d'un autre industriel : Donat Agache.  


La rue de la Prévôté au début des années 30. A droite, un parc public remplace le parc Jeanson.
Carte postale SPMC numéro 1 217.




Le jardin public a remplacé le parc Jeanson.
 On voit, derrière, l'avenue du Kemmel qui vient d'être construite.
Carte postale SPMC numéro 1 218.


La famille Jeanson fut très impliquée dans la vie de Pérenchies et dans les œuvres paroissiales. En 1904, Charles Jeanson était le maire de la ville.



Charles Jeanson. Photographie non datée.
Document SPMC numéro 3 142.

Signature de Charles Jeanson. 
Registre des naissances clos en 1910. 
(Sources : Archives municipales de Pérenchies)

 Charles Jeanson qui possédait une usine textile à Armentières habitait Pérenchies. Il fut le maire de notre commune de 1904 à 1912.

Les maires de Pérenchies :
Jusqu'en 1904 : Louis Décottignies.
De 1904 à 1912 : Charles Jeanson.
A partir de mai 1912 : Henri Bouchery.

Essai d'arbre généalogique de Charles Jeanson :

Grands-parents de Charles JEANSON fils
Louis JEANSON (1809 – 1894) épouse la fille d'un entrepreneur armentièrois.

Parents de Charles JEANSON fils
Charles JEANSON (1843 - 1908) épouse Sophie FLAYELLE (1842 – 1925).

Frères et sœurs de Charles JEANSON fils
       Louis Jeanson né en 1871. (Il épousera une fille Fauchille).
       Elvire Marie Louise Joseph née en 1873.
       Charles Edmé Marie Joseph JEANSON fils (1874 – 1930).
        Louise Marie Camille née en 1875.
       Edouard Jeanson Auguste Joseph né en 1877.

Femme de Charles JEANSON fils
Marthe Marie Camille DEHAU (1876 – 1921).
Mariage à Bouvines le 19 avril 1897.

Enfants de Charles JEANSON fils et de Marthe DEHAU
       Charles Jeanson (1898 – 1942).
       Paul Jeanson (1899 – 1931).
       Pierre Jeanson (1899 – 1980).
       Félix Jeanson (né à Pérenchies en 1909. Décédé en 1990).

Acte de naissance de Félix Jeanson :
Né à Pérenchies le 3 mars 1909 à 7H du soir.
Père : Charles Edmé Marie Joseph Jeanson. 34 ans. Manufacturier. Habite 3 rue de la Prévôté à Pérenchies.
Mère : Marthe Marie Camille Dehau. 32 ans. Née et mariée à Bouvines.

Acte rédigé le 4 mars 1909 en mairie par le père devant Jules Drumez, adjoint au Maire.
Félix se mariera à Paris le 19 décembre 1932 avec Monique Françoise Louise Jeanson.

Acte de naissance de Félix Jeanson signé par Jules Drumez, adjoint au maire de Pérenchies en mars 1909.
(Sources : Archives municipales de Pérenchies)


Histoire et origines de la famille JEANSON :
Les Jeanson qui seraient originaires d'Irlande se seraient fixés en France dans la région de Chartres.

On trouve par la suite un Nicolas Jeanson, notable à Troyes, conseiller de la ville et échevin. Il y meurt le 16 janvier 1692. La famille exerce alors la profession de marchand-drapier.

Au milieu du 18ème siècle, suite à un mariage, le père d'Edmé Jeanson se fixe à Ay, petit ville de Champagne.

Edmé, face à la situation médiocre, entre dans l'administration napoléonienne et se trouve affecté à Livourne puis à Cassel dans le nord de la France. Il épouse Marie Thérèse Françoise MICKIELS, née à Anvers en 1786.

Leur fils, Louis JEANSON (1809 – 1894) épouse la fille d'un entrepreneur de roulage d'Armentières. Il fait un doctorat en pharmacie et s'installe à Armentières.

De cette union naîtra Charles Jeanson père (1843 – 1908) qui épouse Sophie Flayelle (1842 – 1925). Celui-ci est le fondateur de l’usine Jeanson d'Armentières.
En 1875, la société Desplanques-Jeanson a acquis un tissage mécanique de toiles appartenant à M. et Mme Theeten qui l’avaient monté et agencé en 1854.
Cette usine, d’une superficie d’un peu plus de 1 ha, se situe entre les usines Breuvart et Mahieu.
Les plans du cadastre de 1888 montrent un bâtiment de tissage, un autre pour le générateur et la machine à vapeur, un pour des écuries, et enfin un bâtiment de bureaux. Le plan monumental du début du XXe  siècle montre une usine à l’architecture mêlant les ateliers de production avec un étage, composés de toits en shed et des bureaux composés de pierre de taille et de briques avec des fenêtres en chiens-assis au niveau des combles.
 
Facture des Ets Jeanson à Armentières au début du siècle.
(Sources Internet)

Vers 1910, ayant pris la succession de leur père, les fils Jeanson (dont Louis et Charles fils) décident de construire un grand bâtiment pour la filature de lin.

En 1914, l’usine dispose de 500 métiers mécaniques et de 4 000 broches.

La guerre 1914/1918 va stopper le développement de l'entreprise. Si la ville n’est pas directement attaquée, elle est sous le feu des bombardements durant près de trois ans. La ligne de front est en effet à 6 kilomètres, au nord et à l’est de la ville, près de Frelinghien.
Petit à petit, au rythme quotidien des bombardements, les maisons et les usines sont détruites.
Les usines encore debout continuent de produire avec plus ou moins de régularité un peu partout dans la ville comme les tissages et filatures Jeanson (rue d’Ypres et Point-de-Nieppe).

En 1915, les Jeanson déménagent définitivement. À la suite des premiers bombardements, 200 métiers et 2 500 broches de filature sont transportés à Serquigny (Eure) et à Condé-sur-Noireau (Calvados).
Ces deux usines fabriquent alors des toiles pour avion, des bâches pour hangar, des tuyaux pour les pompiers de Paris et les toiles nécessaires au génie et à l’artillerie. Elles emploient alors 1 800 ouvriers venus pour la plupart d’Armentières.

Entre réquisition et bombardements, la production d’Armentières est à l’agonie en 1917 et les usines de la ville désertées.

 
Photographie de l'usine Jeanson à Armentières détruite durant la guerre 14/18
(Sources Internet)

Partiellement détruit, le bâtiment est utilisé comme atelier de bobinage et de finition de toiles.
À proximité du front, l’usine est endommagée puis remise en état très rapidement. Elle est la première à remettre ses machines en route.

Suite au décès de Louis Jeanson Fauchille, son frère Charles Jeanson Dehau dirige la société jusqu’en 1930.
Le groupe est alors scindé en deux : Louis Jeanson, fils de Louis Jeanson Fauchille, garde l’usine d’Armentières et les descendants de Charles Jeanson Dehau gèrent les usines de Normandie.

En 1973, l’entreprise "Coisne et Lambert" prend la tête de l’usine d’Armentières jusqu’à la cessation d’activités et la démolition des bâtiments en 1985.


Philippe JOURDAN
Président de « Si Pérenchies m'était contée... »
Mise en page  : Jean-Pierre COMPERE.
6 mai 2018.