lundi 27 avril 2020

Connaissez-vous Pérenchies et son passé ? La sortie de la Fabrique AGACHE


 Document : Pérenchies et son passé numéro 35

Une sortie de l’usine AGACHE avant 1914. Actuelle rue Edouard AGACHE.
Document SPMC numéro 6 573
Commentaire :
« Nous sommes à la sortie principale des Ets AGACHE avant 1914. On voit bien cette sortie comme elle était avant la Première Guerre mondiale. Elle sera entièrement détruite durant celle-ci et reconstruite d’une autre façon. Outre les cartes postales qui en témoignent, vous pouvez encore en avoir une idée, rue du Grand But, la rue du Général Leclerc, un peu avant le garage PEUGEOT. L’ancienne ferme AGACHE existe toujours et, derrière l’abri bus, on devine encore la même architecture avec des pylônes en ciment et ce genre de grille en fer.

De nombreuses personnes sortent de l’usine. Les femmes portent des chemisiers qui semblent être très colorés, certains à pois blancs et d’autres avec de très jolis motifs. Les cheveux sont attachés en chignons. Les hommes portent des casquettes et des vestes sur des chemises assez simples. Certains fument une cigarette. L’un a une pipe en bouche. Les ouvriers semblent très jeunes. A cette époque, les familles étaient très nombreuses. Le travail des enfants et des jeunes apportait un peu d’argent supplémentaire à la famille.
Alphonse DAVID nous racontait qu’il avait commencé chez AGACHE à l’âge de 13 ans en 1934. Selon le code du travail de l’époque, l’enfant de 12 à 13 ans peut travailler à condition d’avoir obtenu le certificat d’études et de présenter un certificat d’aptitude physique délivré par un médecin.
Marcel DEVOS, né en 1923, a commencé à 12 ans après le certificat d’études pour y rester 46 ans.
Revenons aux souvenirs d’Alphonse DAVID. Il raconte : de toutes les rues de la ville, arrivait un défilé d’hommes et de femmes. C’était plus de 2 400 personnes qui, à pied ou en vélo, franchissaient le portail de l’usine.
Pour ma première journée, on m’emmena à l’atelier, au dévidoir au sec. C’était un très grand bâtiment où ne se trouvaient que des femmes, 80. Elles travaillaient sur des dévidoirs ou des bobinoirs. Un véritable nuage de poussière volait dans l’air propulsé  par les moteurs des 50 métiers. Alors, les femmes portaient sur la tête un bonnet de toile blanc. Certaines ont eu, par la suite, des maladies des poumons.
Dans l’atelier du peignage, pour le travail du  chanvre, la direction payait un litre de lait aux ouvriers pour éviter des problèmes de santé.

Au départ, j’appris à imprimer des étiquettes. C’était moi aussi qui portait les courriers entre les différents ateliers. Je croisais alors mes anciens camarades d’école qui travaillaient soit au mouillé, soit au sec. Ils formaient des équipes de dix jeunes ouvriers sous la responsabilité d’un chef d’équipe qui utilisait un sifflet. Les plus jeunes retiraient les bobines remplies et les remplaçaient par des vides. Il fallait faire très vite car le métier ne devait pas s’arrêter trop longtemps.
Pour ceux qui travaillaient à la filature au mouillé, c’était aussi difficile avec l’eau, les vapeurs et l’humidité. Certains travaillaient en sabots ou pieds nus. D’autres avaient un sac de chanvre comme un sac de pommes de terre, autour de la taille  pour se protéger des bacs d’eau chaude dans lesquels passaient les mèches, des fibres de lin ou de chanvre. C’était aussi très glissant et il y avait souvent des chutes.
Les garçons pouvaient être démonteur, fileur, manœuvre ou homme de peine. Certains montaient dans la hiérarchie de l’usine. Les filles, elles, étaient fileuses, dévideuses, bobineuses ou pouvaient partir dans d’autres ateliers féminins.
Certains partaient pour d’autres usines dans la région, à Armentières ou à Houplines. D’autres essayaient aussi les services publics.
En 1944, on me proposa un poste d’employé de bureau. En 1981, âgé de 60 ans et, après 47 années chez Agache, je terminai ma vie professionnelle.

Revenons à notre photographie. L’un des ouvriers lève un pain et un autre une sorte de botte de navets. Derrière l’entrée, on voit le concierge, portant une sorte d’uniforme et une casquette, présent pour vérifier que la sortie se passe dans le calme.
Sur d’autres sorties d’usine, on remarque des gamelles et des bouteilles, sans doute pour la pause du midi.

Une de nos adhérentes a découvert un formidable registre de l’usine Agache qui commence au début du vingtième siècle avec des règlements et une somme d’informations importante. Nous n’avons pas encore eu le temps de le lire car il comporte plus de 100 pages. Sans doute qu’il nous donnera, par la suite, des tas d’informations sur la vie des ouvriers de chez Agache.

Vous trouverez sur notre blog daté du 1er mai 2018 un article sur les professions des Pérenchinois en 1896 réalisé grâce au travail de Thierry COISNE qui a recopié tout le recensement.
Voici les professions qui se trouvaient sans doute exercées en l’usine Agache :

Ajusteur

Bambrocheuse
(personne qui était chargée d'alimenter les bobines des métiers à tisser)

Bobineuse
(ouvrière chargée de la machine à rouler le fil de lin sur des bobines)

Cardeur
(ouvrier qui démêle les fibres textiles et les peignes à l'aide d'une carde ; objet garni de pointes d'acier recourbées)

Chauffeur
Classeur de lin

Cocher
(conducteur d'une voiture à cheval)

Comptable
Concierge
Contremaître
Contremaître de filature

Dévideur
(ouvrier qui déroule le fil d'un écheveau pour le mettre en pelote)

Démonteur
(ouvrier qui récupère sur les métiers à filer les bobines de fils destinées à la vente et qui les remplace par des bobines vides)

Directeur de filature
Directeur de tissage

Emoucheteur
(ouvrier qui débarrasse les fibres textiles de leurs impuretés)

Empercheur
(ouvrier qui est chargé du séchoir dans les filatures de lin au mouillé)

Employé

Epeuleuse
(ouvrière qui place le fil dans une épeule, une grosse canette sans axe central utilisée en tissage)

Eplucheur de fils
(ouvrier qui retire les impuretés incrustées dans les tissus durant le tissage)

Etaleuse
Etirageuse
Ferblantier

Fileur
(ouvrier qui travaille sur des métiers à filer qui réalisent des bobines de fils pour la vente. Il doit alimenter les métiers en mèches [ensemble de fibres] placées derrière les machines dans des grands pots. Il devait aussi réparer les fils cassés).

Filtier
(ouvrier qui retord le fil. Le retors consiste à assembler plusieurs fils ensemble pour obtenir un fil plus épais et plus solide).

Graisseur
(ouvrier qui graissait les rouages des machines avec une burette d'huile)

Ingénieur

Journalier
(ouvrier agricole employé à la journée)

Lamier
(profession non trouvée)

Magasinier
Mécanicien
Mouleur en cuivre
Mousseteur
Nettoyeur

Ourdisseuse
(celle dont le métier est de préparer les fils de la chaîne avant de les placer sur le métier à tisser)

Ouvrier de filature
Ouvrier de tissage

Paqueteur
(peut-être celui qui emballe, qui fait des paquets?). Paqueteur de fils

Pareur

Peigneur
(Le peignage consiste à paralléliser les fibres et à ne conserver que les plus longues, tout en retirant l'air contenu entre les fibres. Le fil obtenu est lisse et brillant, solide mais moins doux).

Peigneur de lin
Peigneron
Perceur
Plieur
Prépareuse

Préposé rattacheuse
(ouvrière rattachant les fils cassés dans le textile).

Soudeur
Surveillant de filature

Terigneur de lin (définition non trouvée)

Tisserand
Tisseur
(Celui qui tisse [entrecroiser des fils pour former un tissu] sur un métier de tisser).

Tourneur en fer
Varouleur
(une des nombreuses professions du textile)

Veilleur de nuit

Visiteuse en filature
(Le visiteur-contrôleur textile effectue toute une série de contrôles, à différentes étapes de la production, afin de valider la qualité et la conformité des éléments produits en fonction des normes prescrites).



Dans le recensement de 1896, «la rue Edouard Agache» porte le nom de «rue de Prémesques».
Dans ceux de 1906, 1911 et 1921, le nom est «Rue de la fabrique».
Le nom actuel a sans doute été donné dans les années 20, peut-être vers 1928 pour le centenaire des Ets Agache ».    



Philippe JOURDAN (11 avril 2020)

Correction et édition : Jean-Pierre COMPERE, administrateur du Blog

En cette période de confinement que notre pays n’a jamais connue depuis des décennies en dehors des guerres, nous avons pensé que notre association pouvait vous présenter chaque jour un document extrait de notre fond documentaire composé de plus de 8 000 photos.
Quand l’occasion se présentera, un petit commentaire suivra la photographie. La page sera publiée chaque jour à partir de 10H.
N’hésitez pas à nous transmettre vos propres commentaires ou informations sur le sujet présenté. Cela permettra de compléter nos connaissances sur Pérenchies et son passé.
Philippe JOURDAN, Président de « Si Pérenchies m’était contée … »  20 mars 2020

dimanche 26 avril 2020

Connaissez-vous Pérenchies et son passé ? Le chemin des Saxons. et Commémoration de la déportation du 26 avril 2020


 Document : Pérenchies et son passé numéro 34


L’église Saint-Léger de Pérenchies durant la guerre 1914/1918.
Document SPMC numéro 6 708
Commentaire :
« Nous sommes à Pérenchies sur la Grand’Place avec l’église Saint-Léger. Nous pourrions être au début du XXème siècle.
Il n’en est rien.
Nous voyons, en regardant un peu plus, que le clocher est endommagé. Il s’agit de l’ancienne église avant qu’elle ne fut détruite. On remarque 4 décorations autour du clocher qui n’existent plus de nos jours.
Une banderole est accrochée au travers de la rue de la mairie, ancienne rue de Verlinghem qui est, aujourd’hui, l’actuelle rue Henri BOUCHERY. On y lit : « SACHSENWEG », c’est-à-dire la rue de la Saxe ou la rue des Saxons.
Dans les textes de l’époque, quelqu’un raconte que « les troupes allemandes étaient composées de soldats venant de régions différentes et qui ne s’entendaient pas toujours ».

Quand on agrandit la photographie, on devine un panneau indicateur près de l’homme, seul, qui traverse la place. Les indications marquées étaient sans doute en langue allemande. Le panneau indiquait peut-être l’accès aux tranchées qui donnaient sur le front vers Houplines et Frelinghien. L’entrée se trouvait un peu en bas de la côte après  les actuels Ets DEMEYERE.
A droite, on peut apercevoir ce qui est peut-être une guérite. Etait-elle militaire ? Elle se trouve devant le mur du presbytère qui est derrière l’immense arbre qui se dresse près de l’église. C’était une belle et grande demeure blanche qui occupait le début de la rue de la Prévôté, suivie d’une maison d’œuvres tenue par les religieuses de Sainte-Marie La Forêt d’Angers puis du parc du château JEANSON. L’avenue du Kemmel n’existait pas. La rue sera construite dans les années 20.
L’église est dans un triste état car tous les jours, des obus tirés par les Britanniques tombent sur la ville car elle est occupée par les troupes allemandes qui viennent se reposer après plusieurs jours passés au front.

Voici quelques textes qui évoquent cette triste page de notre histoire locale.

Extraits du journal de Jeanne VROLANT
(Le recensement de 1911 montre une Jeanne VROLANT, née en 1894 à Pérenchies et qui habite, avec ses parents, Léon, électricien, et Justine et 2 autres enfants, rue de Lille).

Samedi 10 octobre 1914. Aujourd’hui, vers 6 heures du matin, nous voyons passer une patrouille de 15 Uhlans et un quart d’heure plus tard 30 cyclistes en reconnaissance puis durant trois heures, de l’infanterie, des canons, de la cavalerie…

Dimanche 18 octobre 1914. Le premier obus est tombé sur Pérenchies. Nous passons nos journées et nos nuits dans les caves.

Dimanche 13 décembre 1914. Nous partons aux vêpres. Un obus tombe dans le jardin Jeanson brisant une grande partie des vitraux de l’église d’où une panique épouvantable.

Lundi 4 janvier 1915. L’armée qui occupe maintenant le village est composée de pillards. Ce sont des jeunes soldats de 18 à 20 ans qui viennent se reposer quatre jours puis retournent au feu.

Mercredi 6 janvier 1915. Hier au soir, ils ont fusillé le gérant de chez Coustenoble parce qu’il avait conservé, dit-on, un révolver chez lui.

Hans, soldat allemand.
24 octobre 1914. Pérenchies est un grand village mais il n’y a plus rien à acheter sauf du lait, des cartes postales et parfois un peu de pain. Ce matin, on a eu du café et un peu de mélasse. L’artillerie anglaise a tiré dans le village.

Hans, soldat allemand.
Carte non datée. Au verso, la vue de l’église dans laquelle nous avons assisté à un certain nombre de messes. Maintenant, l’église est criblée de balles et pour cette raison fermée aux militaires et aux habitants.

Un militaire allemand.
Septembre 1915. Chère Else et chers enfants. Ce matin, l’artillerie a commencé à tirer très tôt. Je n’étais pas dans les tranchées mais à Pérenchies. Tous les jours, je demande si cette guerre ne finira donc jamais. Que Dieu nous donne bientôt la paix.

César SOHIER, né en 1910.
Quand les Allemands sont entrés à Pérenchies, tous les habitants ont dû les héberger. La kommandantur s’est installée à la mairie. Le premier ordre fut d’y apporter toutes les armes. Puis il y eut des perquisitions. Les Allemands fouillaient partout.
Lors des récoltes, une partie revenait aux occupants. Puis il a fallu donner des œufs, des poules, des lapins, …
Dans le clocher de l’église, ils avaient installé un observatoire.
Un jour, un pont en bois fut installé ».


 Philippe JOURDAN (11 avril 2020)


Correction et édition : Jean-Pierre COMPERE, administrateur du Blog

En cette période de confinement que notre pays n’a jamais connue depuis des décennies en dehors des guerres, nous avons pensé que notre association pouvait vous présenter chaque jour un document extrait de notre fond documentaire composé de plus de 8 000 photos.
Quand l’occasion se présentera, un petit commentaire suivra la photographie. La page sera publiée chaque jour à partir de 10H.
N’hésitez pas à nous transmettre vos propres commentaires ou informations sur le sujet présenté. Cela permettra de compléter nos connaissances sur Pérenchies et son passé.
Philippe JOURDAN, Président de « Si Pérenchies m’était contée … »  20 mars 2020




Commémoration de la déportation du 26 avril 2020


Gerbe. Document internet
Sur décision gouvernementale, les cérémonies et les rassemblements sont interdits jusqu’à la mi-juillet 2020 à cause du confinement recommandé contre le coronavirus.
Ce jour, à Pérenchies, l’hôtel de ville est pavoisé aux couleurs patriotiques afin de se souvenir de ces moments tragiques de notre histoire nationale.
Les 8, 14 et 21 mai 2020, notre association mettra en ligne sur notre blog un dossier sur les événements de la guerre 1939/1945.

TEXTE FIGURANT SUR LE MONUMENT DE LA RUE DES RESISTANTS
A PERENCHIES

« A nos déportés.
L'histoire nous fait connaître des moments sombres. Notre rôle consiste à ne pas les oublier et à les transmettre à nos enfants afin qu'ils les conservent en mémoire. Ces périodes ont été nombreuses mais 1939/45 a été particulièrement sombre, meurtrière et ignoble.
En souvenir des femmes et des hommes qui ont refusé l'asservissement, combattu le nazisme et l'extrémisme, subi la déportation, donné leur vie pour nos libertés, résisté pour garder la tête haute.
Rappelons-nous également des réseaux :
· du Maquis de Vendresse.
· du Capitaine Michel.
· de la Voix du Nord.
La ville de Pérenchies, reconnaissante, affirme ce jour, 30 avril 2000, journée des déportés, sa volonté de reconnaître  tous ses enfants et de mettre en valeur leurs actions ».


Le monument commémoratif de la rue des Résistants
Document SPMC








Message officiel du gouvernement français de ce 26 avril 2020




Philippe JOURDAN,
Président de l’association « Si Pérenchies m’était contée… »
26 avril 2020



Correction et édition : Jean-Pierre COMPERE, administrateur du Blog